Ils ont tutoyé les sommets
C’est au nombre de onze que sur une proposition de Pierre Moutin, organisateur de dix Gauthier/Moutin et cinq Moutin-Moutin à ce jour, que nous nous retrouvons à Guillestre (05) le Vendredi en fin d’après midi pour le lendemain essayer d’aller gravir le col d’Agnel (2744m) et le col d’Izoard (2361m), col mythique du tour de France où s’affrontèrent les Bobet, Coppi, Bartali, Anquetil, Gaul, Thevenet etc… sur une distance de 122 kms et environ 3000m de D+.
Donc pas d’absence au rassemblement, les vélos sont rangés, les chambrées constituées, l’Hôtel « le Chalet Alpin » qui nous reçoit s’avère très confortable et l’accueil chaleureux ; nous allons avant le dîner faire un petit tour en ville et prendre l’apéritif au bar où en 2007 lors du centenaire de l’ASPTT nous avions fait une longue escale forcée à cause des intempéries. En curieux je suis allé revoir les lieux où nous avions passé une paire d’heures à nous réchauffer, à nous sécher, à nous sustenter et sur le billard cartes déployées à trouver un itinéraire B. Si les propriétaires ont changé la salle est identique et le plancher que nous avions bien trempé est toujours là.
Lors du repas, il a été beaucoup question de cols, de braquets de tant de moments de vélo qu’au coucher c’est comme si nous avions pédalé toute la journée, épuisés. Au réveil, le ciel est d’un bleu limpide, la température est fraiche, pas de vent. La journée s’annonce parfaite si le temps se maintient au beau mais nous sommes en montagne et il faut aussi penser aux orages.
Petit déjeuner à 7h30, départ à 8h00 mais certaines oreilles n’ont pas tout compris. Nous prenons 30 minutes de retard car c’est à 8h30 que le gros de la troupe se met en route pour aller affronter les pentes du col Agnel. Le soleil n’étant pas au zénith, la vallée le long du Guil tumultueux est à l’ombre et le fond de l’air est frais. Les premiers kilomètres sont faciles, la route est bonne, ça file bon train. Nous récupérons Pierre et Jean en haut d’une bosse, admirons Château Queyras ainsi que Molines en Queyras d’où part J-Louis car il ne veut pas nous faire attendre au sommet du col d’Agnel. C’est de Ville-Vieille peu avant Molines que débute le col pour une ascension de 21 kms. Que la montagne est belle chante Jean Ferrat et c’est bien vrai dirait la mère Denis. Pâturages, forêts, du vert, de l’air pur, des ruisseaux, des cascades, des bovins. C’est parfait mais la montagne, ça se gagne et pour arriver au sommet il faut appuyer fort sur les pédales avec des pentes à 7% et des passages parfois à 10% mais aussi des moments de récupération. Les 5 derniers kilomètres, plus arides et à fort pourcentage, nous font ahaner. Les purs grimpeurs sont déjà loin, je reste en compagnie de René qui est dans son « jardin » car il le connaît bien, Gérard, Pierre, Thierry 2, un peu plus à l’avant Béatrice et Jacques en binôme. Des grappes de cyclos redescendent bien couverts, en levant la tête nous apercevons le passage du col, on voit briller au soleil les voitures des touristes. Nous mettrons environ deux heures pour atteindre le col, peut-être le deuxième plus haut après le col de l’Iseran (2770), si on occulte la Bonnette (2802). Du vent froid nous accueille, il faut se couvrir avant les traditionnelles photos et après avoir admiré le paysage descendre vers St-Veran, plus haut village d’Europe.
Fatigue, froid, on claque des dents, on a l’onglet pour atteindre Fongillarde., et par un chemin vicinal, la route des amoureux, conseillé par Jean Ch, nous rejoignons St-Veran. Bonne route au milieu des sapins, un peu raide parfois mais quel plaisir pour les yeux et le nez. Voici St-Veran, que nous traversons à vélo, beaucoup de touristes, d’échoppes d’artisans, des restaurants. Notre halte déjeuner se fait dans ce site. Très bonne ambiance à table, les langues vont bon train et chacun conte à son voisin ses impressions sur le col. J-Louis pour son anniversaire nous offre les boissons, voilà un homme généreux. On y va du plat de pâtes, aux ravioles, au plat de croizets inconnus du président, et du traditionnel steak-frites. En dessert, tarte aux myrtilles, glace, café, c’est ainsi que je conçois le vélo.
14h00, mise en route car nous n’en sommes qu’au demi défi. Après les hors-d’œuvre, nous allons attaquer le plat de résistance, le col d’Izoard (2361m), ce haut lieu légendaire marqué par les exploits de Coppi, Bartali, Bobet et d’autres comme Merckx et B. Thévenet dans l’univers étrange de la Casse déserte. C’est en Juillet 1922 qu’il fut gravi pour la première fois dans une étape du TdF, Nice-Biançon (274kms) à 21,4 de moyenne et c’est le belge Philippe Thys qui le franchit en tête pour la première fois. Nous y sommes à quelques jours près 90 ans plus tard mais certainement avec un bien meilleur revêtement et de meilleures montures. Mais notre moyenne sera bien inférieure, donc n’est pas coursier qui veut, ou qui croit l’être.
Un peu de vallée en faux plat descendant pour chauffer nos muscles avant de prendre sur notre droite par la D902 la direction du col. 14,4 kms d’ascension. 6 à 7% au départ pour atteindre Arvieux (325h) qui, bénéficiant des avantages climatiques du Queyras, s’est développé en tant que séjour estival et comme centre de sport d’hiver. Au-dessus, le hameau de La Chalp qui abrite la coopérative « l’Alpin chez Soi » où l’on fabrique des jouets en bois décorés à la main. Les groupes se forment. Les bons grimpeurs partent en éclaireur, Olivier attend Pierre, Denis attend Thierry, il faut s’entraider et surtout ne pas laisser un collègue seul. Voici Brunissard et ça devient sérieux avec du 10% rappelant un certain Ventoux. A notre allure, nous profitons du paysage, tout doucement avec quelques haltes pour récupérer nous atteignons la Casse déserte, un paysage absolument unique, comme si on arrivait sur une autre planète, un aspect lunaire où ne subsistent que quelques sapins faméliques, la végétation s’est évanouie. Nous sommes au milieu de rochers aux formes bizarres, pics et arêtes dressés par l’érosion au cœur de cette étendue désolée de rocailles et d’éboulis.
On ne peut passer devant la stèle dédiée à Coppi et Bobet sans d’abord avoir une pensée pour ces géants de la route mais également pour faire des photos avec Thierry. Nous ne sommes plus loin du sommet, quelques virages en épingle, la pente se fait plus douce et nous voyons enfin le chalet et la colonne qui en déterminent le sommet. Brrr, il souffle à cette altitude un vent froid. Rassemblement pour immortaliser par plusieurs photos notre passage avant de se couvrir pour dévaler à grande vitesse cette pente qui nous a fait tant souffrir. Rien à voir avec notre descente de 2007 où la pluie et le froid m’avaient tétanisé.
Regroupement en bas de la pente avant notre retour vers Guillestre. Gérard explose le pneu arrière, seul incident de cette randonnée. Réparation faite, tout en suivant le cours du Guil en légère descente sans trop de difficultés nous parcourons les 20 kms pour rentrer au bercail. Maintenant, on peut mettre la « plaque ». Il est à noter que sur ces deux cols, des bornes circuits et bornes ascension sont disposées, pouvant rassurer ou inversement décourager si les jambes sont vides et la tête à l’identique.
Il est 18h00 quand nous rangeons nos vélos. Une bonne douche et un bon apéritif en ville pour mettre un terme à cette belle journée. Malheureusement, notre séjour en montagne est bien trop court. Le lendemain quatre « gaillards » vont grimper le col de Vars (2109m), 19 kms de montée : René, Jacques, Thierry (2) et Béatrice. Ils en prennent pour leur argent, c’est bien ainsi. Quand on aime le vélo….
Pour les autres, c’est un retour à la réalité, Marseille sa chaleur et ses embouteillages, Thierry part en congé avec sa famille, Jean Y. change de département mais reste au bon air et en montagne. Le prochain projet se trouve dans l’Ardèche sur un circuit de l’immense ardéchoise. Sinon, sur nos circuits marseillais pour ne rien perdre de notre forme actuelle et de nombreuses heures devant la télé pour suivre les exploits des professionnels sur le Tour de France.
Merci à l’ami Pierre pour l’organisation de cette sortie.
Agnel/Izoard : 122 kms-D+ : 3100m-6h42’ - Moy : 17 - T ° Moy : 22,1° - Mini : 13° - Max : 33°
Participants : Auriol-Berthomieu-Boulet-Grassi-Jouve-Motte-Moutin-Peralez-Sola-Yeghiazarian- et Béatrice Roudière.








