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La Roue Ensoleillée, le blog des cyclotouristes de l'ASPTT Marseille

Le vélo, sport de fuite

24 Août 2009, 12:00pm

Publié par Daniel



Il y a les sports de combat dont je vous épargne la liste, à base de poings fermés, de mains hachoirs ou de machins pointus. Parmi eux, il y a même des sports de « défense ». Il y a les sports citius-altius-fortius. Il y a aussi beaucoup de sports d’adresse et même d’intelligence (plus rares) mais dont les solutions sont toujours du type citius-altius-fortius. Il y a des sports collectifs où l’on pratique à peu près les mêmes choses, mais en bandes organisées. Il y a aussi un sport masturbatoire dont je tairai le nom pour ne pas me faire plus d’ennemis mortels qu’il convient… Bon, je ne vais pas me lancer dans une typologie du sport, puisque mon objectif est de tous les résumer dans une formule lapidaire : presque tous les sports reposent sur un principe de domination plus ou moins brutale et arrogante.


Mais…

Il y en a un dont le principe est le contraire de l’affrontement : le vélo !

Toute la stratégie du vélo (de compétition) se résume en deux phases : l’échappée et la poursuite. Certes, il y a des poursuivants qui veulent avec entêtement ramener cet étrange sport aux principes de domination classiques et ennuyeux, mais seuls les « échappés » sont dans la lumière. Ils fuient, ils fuient, comme emportés par la tempête et, même quand ils sont rattrapés, ce sont eux les héros.

Mais, oublions les poursuivants, oublions la ligne d’arrivée, oublions le chrono. Il reste quand même au cycliste qui ne fait pas de compétition l’échappée, la fuite. Nul besoin d’être poursuivi pour s’échapper, non pas toujours plus vite, plus haut et plus fort, mais toujours plus loin.

Alors, courage camarades cyclos… fuyons !

 

« Quand il ne peut plus lutter contre le vent et la mer pour poursuivre sa route, il y a deux allures que peut encore prendre un voilier : la cape (le foc bordé à contre et la barre dessous) le soumet à la dérive du vent et de la mer, et la fuite devant la tempête en épaulant la lame sur l’arrière avec un minimum de toile. La fuite reste souvent, loin des côtes, la seule façon de sauver le bateau et son équipage. Elle permet aussi de découvrir des rivages inconnus qui surgiront à l’horizon des calmes retrouvés. Rivages inconnus qu’ignoreront toujours ceux qui ont la chance apparente de pouvoir suivre la route des cargos et des tankers, la route sans imprévu imposée par les compagnies de transport maritime. »  Henri Laborit – Eloge de la fuite.

 

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SEJOUR AU PAYS BASQUE

17 Août 2009, 11:07am

Publié par Yves


Aussitôt après les fameuses épopées du Tour de Lozère, de la semaine en étoile en Haute Vienne, et du Tour de corse, me revoilà reparti dans les Pyrénées Atlantiques, plus exactement à Cambo les Bains, ville de cure et ville où vécut Edmond Rostand dans la « Villa Arnaga » superbe maison de type basque et ses 2 jardins, à la française avec ses fontaines et ses jets d’eau, et son jardin à l’anglaise.

 

Magnifique région où la couleur verte est dominante, tant l’influence océanique est grande.

Les basques sont avenants,  chaleureux, respectueux, sportifs et fiers de leurs coutumes et traditions ancestrales. Dans chaque village, s’élève comme un monument, le traditionnel fronton de pelote basque. Puis, bien sûr, il ya le rugby où la rivalité en Bayonne et Biarritz reste très marquée. Sans oublier la « force basque » où ils s’affrontent au tir à corde, au lever de charges (173 kg et autres poids, ainsi que diverses formes, sphères, cubes, etc. …) .

 

Un pays où il fait bon vivre au rythme des chants basques, et gouter sa gastronomie régionale.

 

Malgré mes occupations curistes, j’ai pu inscrire à mon modeste palmarès, les cols de Burdincurutcheta et d’Iraty, dont les anciens se souviendront, par son pourcentage élevé, allant de 12 % à 7 %, et aussi du paysage sublime, vue magnifique sur les vallées, et une circulation inexistante, et on en oublierait la dureté de l’épreuve.

 

J’ai découvert, dans cette ville de Cambo les Bains, un magasin de cycles, véritable caverne d’Ali Baba, une vitrine, un musée de vélos anciens datant des années 1800 et 1900, qui en aurait fait baver plus d’un. Le propriétaire de ce lieu magique, Monsieur H. BREUILLE nous a invité à rentrer pour satisfaire notre curiosité et notre plaisir. J’ai pu prendre quelques photos(*)  de ces reliques qu’il chérissait tant (vélo à cardans, vélo tandem, vélo à plateau de 30 centimètres de diamètre, ainsi qu’un vélo ayant appartenu à Luis OCAÑA. Il nous a montré des  articles de journaux et des photos où il apparait avec de grands champions, notamment Indurain. Il nous a expliqué, que dans un village, La Bastide d’Armagnac, se trouve une chapelle dédiée à tous les cyclos, où de nombreux cyclistes ont déposé leurs ex-voto. Tous ces trésors séjournaient provisoirement dans le magasin et devaient partir pour une nouvelle exposition. Ils étaient regroupés dans un petit périmètre, ce qui a rendu difficile la prise  des photos.  Je joins quelques photos que vous apprécierez certainement.

 

Je voudrais profiter de ce moment où, exceptionnellement, je prends la plume, pour remercier Jean VAQUIE, qui a passé le relais pour la semaine en étoile, pour la magnifique organisation de tous les séjours de la semaine en étoile. Je sais que ses successeurs, Gérard M. et Jean Y., sauront mettre tout leur cœur à nous satisfaire pleinement, on peut leur faire confiance.

 

Un dernier remerciement à tous ceux qui se dépensent sans compter pour que vivent toutes ces sorties exceptionnelles. Pour ma part, j’ai découvert des régions inconnues et surtout une amitié et une convivialité pour un sport que l’on dit individuel, qui par la volonté, la serviabilité et la disponibilité de ceux qui font ce qu’est l’ASPTT CYCLO, donnent envie d’y rester.

 

Merci à tous.


(*) Vous trouverez les photos dans l'album velos_breuille

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Culminations

13 Août 2009, 16:00pm

Publié par Daniel



Une seule solution, la culmination !
Au début, il y a cette certitude que toute randonnée est farfelue, voire absurde. Y compris, et surtout, celles qui sont pavées de tampons, réglementées, validées, sanctifiées. Par exemple, le Tour de France Randonneur est bel et bien un truc absurde. Si c'était quelque chose de vraiment sérieux, je ne m'y serais jamais lancé.
Ensuite, il ya cette aversion profonde que j'ai pour les cartes de route à tamponner. Au contraire, j'ai un amour profond des cartes Michelin, elles sont pour moi un tremplin extraordinaire de la farfeluité.
Enfin, je suis tombé par hasard (grâce à internet, bien sûr) sur cette confidentielle "randonnée la plus dure du monde". Vous pensez bien que cette appellation complètement loufoque m'a beaucoup plu, mais j'ai trouvé l'itinéraire trop long et trop compliqué même en me dispensant des coups de tampon.
Et puis le déclic. Un jour j'ai eu l'idée de chercher quel était le point culminant (routier) du Massif Central. Je m'attendais à quelque chose de banal, comme le Pas de Peyrol. Eh bien non, il existait une vraie route à plus de 1600 m avec au bout, quelque chose de culminant  : Pierre-sur-Haute. J'ai donc cherché pour les autres massifs. Il existait le (ou la) Haut-Folin pour le Morvan, mais pour les autres (Alpes, Jura, Vosges) rien de surprenant. Dans le cas des Pyrénées, j'ai pas mal hésité, la route du col des Laquets n'étant pas vraiment carrossable. J'aurai voulu ajouter les Ardennes et le Massif Armoricain pour être encore plus farfelu, mais cela faisait trop, presque un TDF.

Quant aux parcours, vous allez penser que cela m'a pris du temps. Pas du tout ! J'ai fait faire le boulot par openrunner. Merci à lui, il ne m'a jamais envoyé sur une autoroute. Je n'ai fait que quelques corrections pour éviter de trop gros axes, et à chaque fois j'y ai perdu en km. Un logiciel exceptionnel à l'usage des cyclos. Mon plus gros boulot a été le découpage, en fonction des hôtels et de mes possibilités physiques supposées. Et le plus fastidieux, la photocopie recto-verso des 34 pages de cartes Michelin indispensables.

Premier acte : Cime de la Bonette (2802 m)

De Marseille, il m'a fallu un jour et demi pour arriver jusqu'à cette borne culminatoire et prétentieuse. Chacun sait que la route la plus haute d'Europe est en Andalousie, dans la Sierra Nevada.
Sur ma route, le premier jour, Rians, le plateau de Valensole balayé par un vent très amical, la Clue de Barles et le violent (à la fin) col du Fanget, juste avant Seyne-les-Alpes.
Le second jour, après la Bonette et un repas de midi trop tardif, j'ai une fois de plus touvé bien dur les derniers km du col de Vars. Etape à Guillestre, où un cyclo anglais, voisin de table, m'a fait la conversation un dico à la main. Aux pieds, il avait gardé comme moi ses chaussures de cycliste.


 


 (mon vélo n'est pas seul en haut de la Bonette)





Deuxième acte : le Grand Colombier (1501 m)

Comme je vous ai déjà fait une photo de ce genre, j'ai changé l'angle.
Deux jours de plus pour réussir ma seconde culmination. Cette fois (jour 3), je n'ai pas pris le tunnel du Galibier, j'ai fait courageusement l'ascension complète. Il est vrai que j'avais le temps et que je m'étais offert une longue pause méridienne dans un restau du Lautaret. Des cyclos partout qui me doublent ou me croisent. En haut du Galibier, où il y a peu de place, parking plein et panneau du col tagué et inabordable. Dans la vallée surchauffée de la Maurienne que je dois descendre jusqu'à Aiguebelle, le vent remonte comme tous les après-midi. Et là, plus de cyclos pour faire un peloton et s'entraider. Où sont-ils passés ? J'en rattrape un tout de même, juché sur un VTT porteur de sacoches. Comme il a l'air à la peine je me mets devant... Au bout de 25 bornes, il vient à ma hauteur pour me dire merci et qu'il en a marre et va chercher à se loger au prochain village. En fait, je le retrouverai à Aiguebelle, dans le même hôtel que moi. Nous passerons la soirée ensemble. C'était Marco de Milan, qui parlait très bien français. Son voyage à vélo était seulement une opération de transit pour rejoindre un groupe de marcheurs à Chamonix. Il a tenu à m'offrir le digestif. Ciao Marco, et bonne rando jusqu'à Briançon.
Il me fallait bien ça pour le jour 4. D'entrée, j'attaque le col du Frêne, modeste mais pas vraiment amical. Et la traversée plutôt descendante du massif des Bauges, se fait le vent dans le nez. Après Rumilly, je devais suivre le Fier jusqu'au Rhône, mais la montagnes était tombé sur la route dans les Gorges du Fier. J'ai dû remonter à plus de 600 m par des vicinales assassines. Heureusement, tout en haut, dans un village nommé Castillon, il y avait un château et une auberge du château. J'y ai fait un excellent repas. Je n'ai pas touché au vin généreusement inclus dans le menu, à cause de ce qui m'attendait...
Quelques km après Seyssel, à Anglefort, on prend à droite et c'est tout de suite le cauchemar, même avec 28x25. Pendant les 7 premiers, il n'y a aucun répit, du 10 à 12% constant. Heureusement, avant le fameux passage à 14%, il y a morceau à un peu moins de 9% qui permet de récupérer. Comparé au début, les derniers km sont un bienfait. La première fois j'étais monté par la route la plus "facile" et sans bagage... Il n'y aura pas de troisième fois.
En fin d'après-midi, pour finir mon étape, à Ochiaz, il a fallu que je passe le bien plus facile col de Richemont.


    Le panneau et la route du Galibier.






  Le Rhône du haut du Grand Colombier.




Troisième acte : le Grand Ballon (1340 m)

Pour l'instant, les culminations se font tous les 2 jours. Il me faut donc une étape de transition au cours de laquelle je traverse le calme Jura (mais qu'a donc de jurassique le Grand Colombier ?) pour aboutir à Baume-les-Dames, dans un méandre du Doubs.
Le lendemain matin, j'emprunte une véloroute qui suit le doux Doubs jusqu'à Isle-sur-le-Doubs. Ce n'était pas dans openrunner, mais j'avais besoin de calme après m'être farci la veille des km de routes à bagnoles à proximité de Besançon, vent dans le nez. Un calme qui ne dure pas : j'évite Montbéliard, mais pas Belfort, et sans voir le Lion. C'est après manger (à Masevaux) que les choses sérieuses commencent : le col du Hundsruck, pas trop dur de ce côté, mais plombé par le cagnard alsacien. Cela mène droit à Willer-sur-Thur, donc peu de répit. Le col Amic est une difficulté acceptable, mais dans les 6 derniers km du Grand Ballon, sans être en péril, je reconnais que j'ai du mal à enrouler correctement mon 28x25. Cela dit, en haut, je ne m'arrête pas, je monte encore un peu, jusqu'au chalet hôtel du Grand Ballon (photo).
Fin d'étape à Bussang, par une route forestière en très mauvais état, puis par la nationale (à 2,5 km de Willer-sur-Thur !) et le col de Bussang.


  De l'autre côté, au pied de la terrasse du chalet-hôtel.





Quatrième acte : le Haut-Folin (901 m)

Encore 2 jours pour y arriver. Mais l'étape de transition restera dans ma mémoire.
Le temps est couvert dès le matin et la météo a prévu des orages partout où je dois passer. Le petit col des Croix au démarrage ne me pose pas de problème et je m'immerge au sortir des Vosges dans la France profonde. Pourtant je suis déjà passé à Lure. L'année dernière, nous y avons fait nos courses au cours de Nancy-Marseille. Je ne m'arrête pas. Quelque km plus loin, je suis rejoint par 4 jeunes cyclos étrangers bien chargés qui mènent bon train. Je me mets derrière sans que cela les fasse broncher. Malheureusement, au bout de 5 km, je dois prendre à gauche vers Vesoul. Oui, Vesoul.
Bien après, j'ai longuement cherché un endroit où manger le midi. J'ai cru mourir de faim jusqu'à ce que je tombe  sur un authentique restau en cours de fermeture aoûtienne et qui n'avait rien d'autre à me vendre qu'un petit sandwich aux rillettes et un reste de gâteau aux pommes. Maintenant je sais que "cité comtoise de caractère" est la variante politiquement correcte de trou perdu. Pendant ma pause, le vent déjà bien pénible a forci. Je repars sans joie sur ma route en ligne droite et en rase campagne. Que se passe-t-il ? Je suis de plus en plus scotché par le vent et je vois arriver sur moi une nuée d'orage. 500 mètres plus loin, il y a un petit bois providentiel. Je fonce me mettre à couvert dans les taillis en tirant derrière moi le Lapierre. Je garde le casque au cas où il tomberait des grêlons gros comme des melons. Mais non, c'est juste un déluge très court avec une demi-douzaine d'éclairs. 20 minutes plus tard, tout s'est calmé, même le vent. Confiant, je reprends ma route. Je subirai bien une ou deux averses, mais rien de méchant. Jusqu'à ce que...
Je crève.
La belle affaire, c'est la deuxième fois que crève, il me reste donc 2 chambres à air. Je commence à m'installer confortablement pour réparer sereinement. Un gentille dame en voiture s'arrête même pour savoir si je vais m'en sortir. Une banale crevaison, pensez donc, pour un peu, je ferai le malin. Première chambre à air : nase. deuxième chambre... Je deviens livide. Depuis Marseille, je roule avec 3 chambres dont 2 crevées dés le départ (un vrai mystère) et pas de rustines. Où donc est passée la  gentille dame ? A côté, il y a un terrain avec 4 caravanes. C'est là que je trouverai l'âme charitable qui m'amènera en voiture à Losne (8 km), de l'autre côté de la Saone. Serviable aussi le gérant de l'hôtel ; il prendra soin de contacter le "vendeur" d'accessoires cyclistes pour un RDV demain lundi à 9h00. Le soir, je ferai mon délice d'un magret de canard aux myrtilles. Au bord de la Saone il n'y a que des activités paisibles, pêche et randonnée fluviales. Je suis loin des culminations.
Le miracle est qu'il y ait eu des rustines dans la "boutique", ce matin du 8ème jour. Et tout cela m'a beaucoup retardé. Je sais que je ne dormirai pas  ce soir à Gueugnon, comme prévu, mais cela ne m'inquiète pas outre mesure. Peu à peu, la plaine se boursouffle de collines et coteaux viticoles. Je traverse la Bourgogne en côtoyant des appellations célèbres. Mais je n'insiste pas, mon public n'est pas amateur de bourgogne. Je résume en disant que j'ai fait un passage très superficiel à Baune... Puis, derechef, je crève. Je ne m'affole pas, j'ai tout ce qu'il faut. Mais la colère me prend (s%@*[#~&|e de veloflex !), je décide de permuter mes peuneus. Et à Autun, je décide d'acheter 2 chambres neuves. Voyez comme la chance est souvent synchronisée avec la guigne : non seulement il y a un cycle ouvert le lundi au centre d'Autun, mais il a lui même fait le circuit du Haut-Folin la veille. Il me donne des conseils de parcours que je suivrai. Une fois la grande route abandonnée, on monte gentiment une petite route ombragée qui suit les Gorges de la Canche (dixit mon vélociste) suffisamment longtemps pour approcher les 800 m d'altitude sans douleur. Peu de monde (il est 17h), quelques VTTistes. Je prends sur la droite une route forestière pas super bien indiquée, mais ce ne peut être que là : une pente, un cul-de-sac et un ouvrage culminatoire assez classique, une grande antenne en forme de pagode. De plus, mon altimètre est formel.
Le soir je fais étape à Luzy, toujours dans le Morvan, dans un hôtel simple et accueillant. J'ai bien aimé les grandes forêts sombres et les petites routes qui s'enfoncent dedans comme dans un tunnel. Le Morvan, on dirait une petite Vosge.



  et mon vélo contre la grille de TDF. Je n'ai rien d'autre à vous montrer.





Cinquième acte : Pierre-sur-Haute (1637 m)

Toujours 2 jours.
Cette fois l'approche se fait en remontant la Loire par des petites routes sans surprise désagréable. Notons qu'à Gueugnon, je m'offre une gamelle ridicule en heurtant une bordure pratiquement invisible. Sans gravité.
C'est après Boën, qu'on attaque le Forez. Normalement, j'avais prévu de monter à Pierre-sur-haute le soir même, mais j'ai trop de retard. Je me contenterai de monter jusqu'au dernier hôtel avant le col du Béal, 4 km après Chalmazel. Sur la porte, il y a deux écriteaux qui me font bien plaisir : "ouvert" et "chambres disponibles". Pour le deuxième point, c'est un euphémisme, elles le sont toutes. Ma soirée la plus paisible.
Donc, de très bon matin, le 10ème jour, je termine le col du Béal. En haut, il y a une bucolique auberge, des scouts (?) et de l'autre côté, une route visiblement militaire : droite, bien propre et bordée de poteaux réglementairement espacés et au garde-à-vous. Je ne demande rien à personne, je m'engage. Au fur et à mesure qu'on monte dans ce décor presque sans arbres, la vue prend de l'ampleur à droite et à gauche. Cette ascension de 4 km pour prendre 240 m m'a beaucoup plu, d'autant qu'au bout de la route, là où c'est le plus dur, je vois une grille négligemment ouverte pleine de promesse. Je ne me soucie pas du panneau d'interdiction, j'entre effrontément jusqu'à la hauteur du petit dolmen, dont les militaires ont poétiquement fait un rond-point. Un soldat de base surgit de sa boîte comme éberlué. "Vous rentrez toujours comme ça chez les gens ?", me dit-il. Et voilà, me dis-je, encore un qui confond le bien de la Nation avec sa maison. Mais je ne me lance pas dans les arguties, je veux juste négocier la photo cadrée sans montrer les antennes-boules et autres conneries. Rien à faire, il appelle son gradé. Tout le monde rapplique, je suis cerné, je m'en vais et la grille des secrets militaires se referme derrière moi. Je prends mes photos et je redescends avec une pensée attristée pour ces Lieutenant Drogo qui attendent vainement l'ennemi. Moi qui croyais que les militaires étaient mes frères supérieurs en absurdité, ils ont quelque chose en plus : ils sont désespérément sérieux. Un autre mot m'est venu à l'esprit, mais il est trop polémique.


  mon vélo, la route militaire et un peu du magnifique panorama.



Mais la journée ne fait que commencer. Après le Forez, il me faut monter dans le Livradois par le col des Fourches (dont on a viré la pancarte) et traverser ces montagnes champêtres et extrêment vallonnées. Pour tout dire, j'étais content de descendre franchement sur Brioude. Mais la plaine de la Limagne est vite franchie. Après, cela remonte à nouveau. Surtout, à partir de Massiac, je dois affronter la poids-lourdeuse N122 jusqu'au Lioran. Après Murat, j'en ai ma claque, je sors à Laveissière où je trouve une fois de plus un hôtel presque vide.


Sixième acte : le col des Laquets (2637 m)

Une exception à la règle, il me faut 2 jours entiers d'approche.
D'abord, il y a l'étape de Caussade (jour 11), où je rattrape mon retard. Elle commence par les pentes raides de la petite route confidentielle qui me permet d'échapper un bon moment aux monstres motorisés. Au débouché du col de Cére, je les retrouve, mais la descente hyper-roulante me fait croire que je suis invulnérable. A partir de Vic, je prends un itinéraire plus en accord avec ma pratique et néanmoins validé par openrunner. Ce logiciel sait-il qu'il m'a fait emprunter une véloroute absolument charmante entre Aurillac et Maurs ? Je pense que la FFCT est bien représentée dans la conception de ces véloroutes. Elles sont absolument sans malice, elles n'ont rien qui permette de croire que le cyclotourisme est un sport. J'ai particulièrement apprécié la descente imperceptible de la Rance, jusqu'à Maurs où j'ai trouvé mon meilleur restaurant du midi.
Alors, pourquoi, après Figeac, ai-je été pris d'un gros saignement de nez qui m'a obligé à m'arrêter ? Serait-ce les parcours mièvres qui me sortent par les narines. Je me suis planqué à l'ombre, dos à la route, j'ai laissé couler un moment avant de réagir en me pinçant le nez, le saignement s'est plus ou moins arrêté, je me suis nettoyé comme j'ai pu avec l'eau de mon bidon, mais j'en avais partout, j'ai dû changer de maillot. Et je suis reparti à peu près présentable. A la fontaine de Cajarc, j'ai fait une toilette plus complète. Il n'y pas eu d'autres incidents et j'ai réussi dans les temps la traversée d'un Quercy en pleine cuisson.
Le lendemain, le vent d'ouest était bien plus fort et le temps bien couvert. Il est rare que tous les paramètres soient favorables en même temps. Quand ce n'est pas le soleil qui vous tue, c'est le vent. J'ai été très surpris d'arriver quand même à Lannemezan, tellement j'avais eu l'impression de me traîner. Dans les derniers km, j'ai affronté un phénomène météorologique que je connais bien : le crachin.
Et je n'ai pas manqué l'immanquable hôtel de Lannemezan. En passant la porte, j'ai eu un mouvement de recul, voire d'horreur. Il y avait de grandes poupées en chiffon partout à la place d'êtres humains. Dans le salon, des tentures à tous les murs, avec des gros noeuds, des bouquets énormes et compliqués sur toutes les tables, dans des vases extravagants. Heureusement, c'est le patron qui a surgi du décor, avec un bon accent du Bigorre bien rassurant. Je me suis donc installé pour deux nuits et deux diners. Ce n'est que le soir, au repas, que j'ai fait connaissance avec la patronne, une petite "blonde" vaporeuse, frou-froutante et chuchotante. Entre nous cela n'a pas collé d'entrée. Il faut dire que, sous prétexte que j'avais choisi la demi-pension, elle m'a apporté une demie bouteille de rouge entamée. Je lui ai dit, hélas devant témoin, mais le plus aimablement possible, que je préférais choisir mon vin, quand bien même il y aurait un surcoût. J'ai compris tout de suite que je venais de me faire un nouvel ennemi éternel. Et plus tard, j'ai compris que la femme ou l'enfant qu'on voyait en portrait sur les murs (entre 2 tentures à gros noeud), c'était elle, toujours elle. Je ne suis pas un expert de l'âme humaine, mais on peut s'attendre à ce que l'hyper-narcissique exige des autres autant d'adoration qu'il en a pour lui. Là, j'avais affreusement manqué mon coup. Bon, deux soirs à tirer.
Mais l'important, c'était bien ceci : après avoir accompli 5 travaux, il aurait été insupportable que je manquasse le 6ème et dernier. Et la météo m'inquiétait beaucoup.
Ce matin-là (jour 13 !), Lannemezan était enveloppé dans le brouillard. Confiant dans la parole du patron ("parfois, c'est en haut qu'il fait beau"), je me lance. A Capvern, je prends une option complètement irrationnelle : les petites routes. Je me perds et je perds un temps fou à passer des bosses affreuses où n'importe quel aigle laisserait des plumes. Alors, les oies... A Bagnères-de-Bigorre, je suis furieux contre moi mais j'ai retrouvé le moral : le brouillard est moins dense.
Je commence ma lente ascension dans la circulation infernale du chassé-croisé. En fait, tout se passe bien. Passé Gripp, dans le premier pare-pierres (ou avalanche), je ne tergiverse pas, je mets tout à gauche et j'arrive à mouliner calmement mon 28x25. Le seul truc qui m'a perturbé, c'est de me faire enrhumer assez longuement par un groupe de bataves qui se tirait joyeusement la bourre. Je les entendais arriver au souffle et de loin. J'en avais mal pour eux. Un seul est arrivé en haut du Tourmalet après moi. Quand je l'ai passé, il était les bras en croix dans le talus, à côté de son vélo, mort au sens figuré. Je dois dire que conformément à mes souvenirs, c'est très dur dans les pare-avalanche avant la Mongie jusqu'à La Mongie, mais contrairement à mes souvenirs, c'était encore très dur après. J'étais très content d'arriver au col, pour enfin boire et manger dans le restaurant sommital. Malgré l'affluence extrême, j'en ai été le premier client. On dirait que les hollandais aiment bien se faire mal dans nos célèbres cols, mais se foutent complètement de notre gastronomie.
En mangeant, je voyais par la fenêtre que "ma" route semblait défendue par une barrière. Ah ! Ces défenses et interdictions ! J'ai préféré attendre le dernier moment pour me renseigner. Mais non, on pouvait passer à vélo m'a confirmé la serveuse, bien que, franchement... Elle m'a même rempli mon bidon de cette précieuse eau qu'on monte à dos de mulet.
Certains sont surpris, la plupart s'en foutent, mais je taille lentement ma route au milieu des pierres et des marcheurs. J'ai en permanence l'angoisse de cisailler mes pneus de 22 si fragiles. Je me dis qu'à la première crevaison, je continue à pieds, mais je souhaite que ce soit le plus tard possible. En fait, j'arrive au premier col (Sencours, 2378 m) sans problème. Je suis déjà plus haut que n'importe quel autre route pyrénéenne française. Après, la pente passe à 10% et je commence à coincer. Dès que je me met en danseuse ma roue patine dans la terre et les graviers. Je n'ai plus assez de vitesse pour éviter les gros cailloux. Je descends de vélo avant l'inéluctable gamelle et je continue en le poussant. 2 km, ce n'est pas la mer à boire, et je vois l'objectif. A 1 km des Laquets, l'orage se met à gronder, mais c'est de l'autre côté de la vallée, où les nuées noires se rassemblent. J'ai très peur de l'orage en montagne. J'accélère. 4km/h au lieu de 3,5, car mon compteur ne perd rien. Enfin j'y arrive. La vue est étonnante, presque agressive. Je savoure un court instant, je prends mes photos et je me casse vite fait. Je tente au début de descendre sur le vélo, mais j'y renonce très vite. Je descends à pieds jusqu'au col de Sencours. Après, c'est un peu plus cyclable.
Au col du Tourmalet, le nuage est là quand j'arrive et je reçois les premières gouttes. A la Mongie, il pleut vraiment fort et je m'arrête pour enfiler mes gants d'hiver. Je sors de la pluie après Gripp, mais je reste frigorifié jusqu'à Campan.
Voilà, c'est fait. Je sais qu'il me reste 2 bonnes bosses, à la sortie de Bagnères et pour monter à Capvern, avant de retrouver ma narcissique hôtesse.









  Une image de la souffrance à vélo ?





Mon retour s'est fait les jours 14, 15 et 16. Je suis reparti de Lannemezan sous la pluie, mais poussé par un vent extrêmement bienveillant, sur des routes parfaites pour un cyclo fatigué. Il faut dire que de Villefranche-de-Lauraguet jusqu'à Marseille, les seules bosses notables sont celles de Vauvert... et celles de Calas.
J'ai quand même trouvé le moyen le soir 14, à Marseillette, en cherchant le garage à vélo de l'hôtel, de me planter le grand plateau derrière la cheville. Il m'a fallu déinfecter et colmater la vilaine plaie dans ma chambre avec les moyens du bord : savon et papier toilette. Mais pourquoi ai-je été si maladroit,  imprévoyant, gaffeur et irrationnel dans cette randonnée ?
Non, je ne demande pas de réponse.

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Gd tour de Serre-Ponçon... au départ de Marseille

13 Août 2009, 12:04pm

Publié par Jean-Pierre


Pendant que l'ami Daniel s'attaquait aux "sommités françaises", j'ai modestement accompli un modeste tour, en cyclo-camping, tour qui passait par Gréoux, Mison, le Dévoluy, Le Trièves, Les Monges, Serre-Ponçon, l'Ubaye, Allos, le Haut-Verdon et le Haut-Var. En partie en solo, en partie accompagné, vous saurez tout sur cette virée de 860 kms en 8 jours sur la prochaine "Roue Papier", en principe ! En attendant, Daniel mettra en ligne quelques photos pour vous faire patienter. A bientôt sur les routes !
































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Bon, il est rentré

11 Août 2009, 22:16pm

Publié par Daniel

en deux jours et demi, avec l'aide du vent. Il aime quand le vent se fait pardonner de l'avoir emmerdé pendant 2 jours.
Etape 14 : Marseillette, un tout petit bled 20 bornes après Carcassonne (220, 1100) et un tout petit hôtel au bord du canal du Midi.
Etape 15 : St Gilles (195,600), à 2,3 km du panneau des Bouches-du-Rhône. Il ne pouvait décemment pas dormir à l'hôtel dans les BdR. Il s'est offert un hôtel classe mais qui sentait le moisi.
Etape 16 : chez lui (125, 600).
Finalement, il n'est pas tout à fait comme Forest Gump, il s'arrête tout seul.

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Au-dessus des nuages, le soleil

8 Août 2009, 22:10pm

Publié par Daniel

C'est ce que je me suis dit ce matin en partant dans la brouillasse vers le Tourmalet et le col des Laquets (2637 m), mon dernier objectif. Etape 12 : Lannemezan, 175 km et 1100 m. Des routes sans grand intéret et vent contaire. Temps couvert toute la journée, ce dont je ne me plains pas, Mais je termine sous un léger crachin, Etape 13 : Lannemezan bis, 130 et 3000. Par les bosses du Bigorre, le Tourmalet et la vieille route du Pic du Midi, J'ai eu très peur pour mes fragiles veloflex. J'ai fait les 2 derniers km en poussant le vélo. Et ce que j'ai monté à pieds, j'ai préféré le redescendre à pieds, Au Tourmalet, le gros nuage était remonté, descente sous la pluie froide jusqu'à Gripp. Voilà, je viens de relier les points culminants routiers des 6 principaux massifs français et je rentre, Retour mardi si tout va bien,

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Connaissez-vous Pierre-sur-Haute ?

6 Août 2009, 22:07pm

Publié par Daniel

C'est ce qui m'a donné l'idée de ce voyage plutot excessif. C'est le bout d'une route militaire qui culmine à 1634 m, au-dessus du col du Béal, dans le Forez et donc dans le Massif Central. Et c'était mon cinqième objectif, accompli hier de bon matin malgré la présence des militaires. Je vous raconteral. Donc, quand on a fait Pierre-sur-H, pas besoin de faire le Pas de Peyrol. Etape 10 : Laveissière (après Murat), 160 et 2400. Des routes de cyclo mais pas faciles jusqu'à Massiac (Forez et Livradois), puis la N122. Pas une circulation terrible, mais des poids lourds inquiétant. Etape 11 : Caussade, 195 et 1500. J'ai rattrappé mon retard du aux crevaisons de toutes mes chambres. J'ai échappé à la N122 dans la montée au Lioran en prenant une petite route de l'autre coté de la vallée, certes plus raide. Et je suis passé par le col, le tunnel m'a fait peur. Après, je suis resté sur la N!22 jusqu'à Vic où j'ai retrouvé les routes de cyclo. Excellent repas de midi à Maurs (je vous recommanderai le restau). Puis il a fallu que je me tape la traversée des Causses, sous le cagnard. Vous savez comme j'aime le cagnard. Le Quercy c'est comme les Agriates ! Demain, je compte arriver au pied de mon sixième et dernier objectif. Après, je rentre.

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Et je roule...

4 Août 2009, 21:53pm

Publié par Daniel

Me voilà dans hotel paisible dont je suis le seul client à 5 ou 6 bornes du col du Béal. Fatigué bien sur, mais pourquoi m'arreter ? Demain matin, j'aurai mon cinquième objectif. Au fait, mon quatrième objectif, hier, c'était le Haut-Folin (901 m) dans le Morvan, Ne riez pas, c'est plus haut que l'espigoulier. Etape 8 : Luzy (155 et 1500). Par le Haut~Folin. Pas beaucoup de km car j'avais RDV avec le "réparateur" de cycles de Losne. Il n'avait pas de chambre 700c mais, miracle, il avait des rustines. J'ai réparé mes chambres et je suis parti à 9h45. Et j'ai re~crevé à 10 bornes d'Autun. Cette fois, j'ai permuté les pneus et acheté des chambres à Autun. Etape 9 : Chalmazel, un peu plus haut (175 et 1900). Pas d'incident notoire à part une gamelle sans gravité. Le beau temps est complètement revenu. Il est vrai que j'ai passé la loire à Digoin. A bientot.

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Je suis parti (suite)

2 Août 2009, 22:51pm

Aujourd'hui, je suis à Losne (cote d'or). Ce qui me fait 3 étapes de plus : E5 : Baume~les~Dames (195 et 2200) par la Croix Serra et St Lautent en G. Puis les bosses bizontines. E6 : Bussang (160 et 2400) par les cols Hundsruck et Amic et le Grand Ballon, mon troisième objectif. E7 : Losne (178 km dont 8 en bagnole). Figurez~vous qu'il m'est arrivé la honte et le cauchemar du cyclo, se retrouver avec 4 chambres crevées et zéro rustine. Il y a des jours comme ça... sans compter les orages et le vent contraire en permanence. Un mec serviable m'a convoyé jusqu'à Losne où il y a un excellent hotel et où je pourrais etre dépanné, mais pas avant 9h. Je prends un peu de retard, mais je "fonce" vers mon quatrième objectif. Çelui~là, vous ne pouvez le deviner.

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